Lamborghini Aventador LP-700 4 2012: notre essai!

À 240 km/h, sur l’une des portions rectilignes du Vallelunga, alors qu’un V12 de 6,5 litres me hurle à l’oreille et qu’un taureau enragé renâcle sur la calandre, je perds toute objectivité et me retrouve à glousser et à me trémousser dans mon siège tel un enfant hyperactif à Disneyworld. Au deuxième tour, seule la force centrifuge me plaquant au siège m’empêche de lécher les vitres de la Lamborghini Aventador.

Une Lamborghini haut de gamme procure simplement quelque chose de spécial; une surdose d’émotions qui balance le bon sens par la fenêtre.

Conduire la voiture revient à établir une connexion viscérale, voire même à l’extrême limite du rapport sexuel, avec celle-ci. Soudain, tout le reste semble banal. En réalité, c’était déjà le cas debout à côté d’elle, à la convoiter du regard.

Ces lignes droites et tranchantes, exsudant l’agressivité, de même que la spirale décorant les ailes, semblent rabaisser et élargir l’arrière encore davantage. On a moulé le toit en forme de bulles subtiles et donné aux ailes une allure sculptée d’une sublime légèreté. Quant à l’avant; méfiez-vous : il a l’air bien prêt à nous manger tout rond. Inspirée de la Reventon, une évolution de la Murcielago et pourtant possédant une identité qui lui est propre, l’Aventador est simplement d’une beauté à couper le souffle.

Seule Lamborghini pouvait espérer s’en tirer avec cet embout d’échappement audacieux : quatre tuyaux regroupés à l’intérieur d’un immense canon de forme hexagonale, sans parler du pontet rabattable recouvrant le bouton de démarrage.

Une masculinité pure, totalement débridée et impénitente, bat au cœur de cette bête, laquelle capture l’essence « old school » de la Diablo et de la Countach avec une justesse frisant la perfection.

Évidemment, avant le lancement, impossible de vendre le résultat de 18 mois de travail uniquement en vertu du style, surtout lorsque la facture s’élève à 379 700 $ US; cette fusée doit également avoir de la substance pour compenser. Le patron de Lamborghini, Stephan Winkelmann, annonce que cette dernière est en avance de deux générations par rapport à la Murcielago qu’elle remplace; rien de bien déraisonnable dans cette affirmation non plus, d’ailleurs.

C’est à son cœur que se cache le secret de son génie : un châssis abordable en fibre de carbone qui permet d’alléger l’ensemble tout en en augmentant la rigidité en torsion à des niveaux dignes des bolides de course. Et puis, il y a ce V12 de 6,5 litres à considérer, qui représente l’âme même de cette voiture. Winkelmann a refusé de même envisager un moteur de moindre capacité, ou suralimenté. Pour cette raison, la firme a travaillé sans relâche afin de maintenir intacte la frénésie endiablée et follement agressive de Lamborghini, tout en augmentant la puissance de 8 %. Et bien que les acheteurs ne se seraient pas laissés influencer pour si peu, la consommation d’essence est désormais réduite de 20 %.

Le rapport émotif avec cette superbe motorisation s’établit au début de la partie rectiligne du Vallelunga, lorsque je peux enfin écraser la pédale au plancher et me remplir les oreilles du hurlement strident du V12. L’aiguille du compteur monte alors jusqu’à 240 km/h et l’indicateur de vitesse TFT infiniment cool perd complètement le Nord, tel un porte-parole de téléthon au paroxysme de l’excitation.

Évidemment, elle est rapide; on parle ici de 700PS, d’un chrono 0 à 100 de 2,9 secs et d’une vitesse maximale de 350 km/h. En soi, sa rapidité n’a rien de bien surprenant. Ce qui l’est, toutefois, c’est la puissance cataclysmique dont elle fait preuve en libérant ses étalons, et l’ahurissement pur qui m’envahit à mi-parcours lorsque je vois l’aiguille pulvériser la marque des 200 km/h et continuer sans relâche sa course débridée jusqu’en enfer. De prime abord, les sens sont aveuglés par l’adhérence épique et le système à quatre roues motrices de ce missile. Et puis, un coup d’œil au compteur me ramène douloureusement à moi et me met devant la réalité affolante de la situation.

Il s’agit du cocktail Molotov parfait : contrôle, puissance explosive et grondement… et oh mon Dieu, quel grondement! Le V12 viril et organique entre en scène toutes griffes dehors, et nous le catapultons jusqu’à sa limite du 8250 tr/min. afin d’en extraire les derniers 1000 tr/min. de brutalité mécanique. On est bien loin ici du bruissement synthétique qu’on nous offre ailleurs; il s’agit plutôt de l’équivalent moteur d’un bon hard rock à la guitare rauque et vibrante dont la puissance donne la chair de poule.

Vous pouvez vraiment entendre l’induction, les pistons et les gaz d’échappement feuler leur symphonie, alors que les sept vitesses s’entrechoquent violemment et arrivent presque à renverser la voiture tant la torsion est violente; et tout du long, c’est le cœur en délire que je me laisse emporter par cette folie démoniaque.

En mode Corsa, ou le plus ardu, la boîte semble vouloir exploser hors de ses fixations alors que les vitesses s’enchaînent en 50 millisecondes à peine. En mode Sport toutefois, la cadence se fait plus mielleuse sans pour autant perdre de la vitesse de façon significative.

Maintenant, ne vous y trompez pas; cette voiture n’a rien de parfait. Bien qu’au point de vue du design, elle soit d’une beauté éblouissante, elle se pare de bien trop de plastique pour une voiture appartenant à cette tranche de prix. Et malgré le squelette ultraléger en fibre de carbone dont on l’a dotée, son poids à sec s’élève à 1575 kg, ce qui équivaut à environ 1650 kg, fluides compris.

Pour cette raison, dans les courbes plus prononcées, cette lourdeur a tendance à se faire sentir, et ce, malgré l’aide que lui prodiguent la technologie Haldex et de bielle, inspirée de la F1, lesquelles fournissent à l’Aventador le mordant dont elle a besoin pour s’agripper à la route. C’est sans le moindre répit que le système d’antipatinage s’active à la garder sur la piste; à l’heure du dîner déjà, il nous faut remplacer nos bottines élimées par de nouvelles gommes Pirelli P Zero Corsa ultra dispendieuses.

En une question de secondes, je découvre à quel point il est préférable d’aborder les courbes tout en douceur et laisser les étalons s’élancer tout leur saoul, que de freiner brusquement, forçant alors les rênes électroniques à sombrer dans une panique affolée. Il est toutefois déconcertant de voir les LP560-4 Superleggera, bien plus légères et moins chères, mener le bal de façon nettement plus convaincante dans les lacets sinueux du parcours.

Au contraire, dans les larges courbes rapides, cette empreinte gigantesque, combinée à la traction intégrale, permet d’amoindrir l’effet de sous-virage et de garder la voiture fermement en place d’une façon presque bizarre. Ici, ce n’est pas tant les lois de la physique que le courage qui établit les limites naturelles dans les virages accélérés.

Quant à ces freins; il faut s’y habituer. Malgré le fait qu’à l’avant, ils soient dotés de disques d’un diamètre ridicule de 400 mm, et que l’ossature tout entière soit composée de carbone-céramique, cette voiture roule toujours à des vitesses bien trop élevées, ce qui la plonge dans des tressaillements, des tressautements et même des dérapages à chaque freinage brusque. À noter toutefois qu’il s’agit d’une expérience sur circuit; sur la route, seul un fou à lier conduirait de cette façon.

Ou en pleine ville, d’ailleurs. Après tout, ce bolide fait 2,26 m de large par 4,78 m de long; malgré la présence de tout un éventail de capteurs pour se stationner et d’une caméra de recul dans le tableau de bord, ce n’est pas les cauchemars qui manqueraient à l’heure de pointe, croyez-moi. Notez que derrière le volant, elle est d’une civilité parfaite. Toutefois, pour être réellement à l’aise avec les autres automobilistes, vos moindres mouvements devraient être faits accompagnés d’une escorte policière complète.

Une chose, par contre : rien de tout ça n’a vraiment d’importance. En réalité, le génie de Lamborghini réside justement dans le fait qu’en fin de compte, ces quelques défauts ne font qu’ajouter du piquant à l’expérience générale. Il est possible que les propriétaires d’Aventador se rendent parfois sur le circuit et, entre nous, ils ne s’y ennuieront certainement pas. Mais il s’agit ici d’une voiture de route, qu’on a conçue pour éblouir tous ceux qui la voient, et pour faire un pied de nez au reste du Club des fils de milliardaires en annonçant : na nan, me voilà!

Et s’ils arrivent à trouver un bout de route rectiligne suffisamment long et qu’ils écrasent la pédale au plancher, ils perdront toute objectivité et se mettront à glousser tels des enfants à Disneyworld. Dans un certain sens, c’est exactement ce qu’ils seront. Et je les envie…

Prix : 379 700 $ US
Moteur : V12 de 6,5 litres
Puissance / couple : 700 ch / 509 lb/pi.
Transmission : Séquentielle à sept rapports
0 à 100 km/h : 2,9 secs.
Vitesse maximale : 350 km/h
Compétition : Ferrari 599 GTO, Noble M600, Pagani Zonda usagée…

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Une Lamborghini haut de gamme procure simplement quelque chose de spécial; une surdose d’émotions qui balance le bon sens par la fenêtre.

Conduire la voiture revient à établir une connexion viscérale, voire même à l’extrême limite du rapport sexuel, avec celle-ci. Soudain, tout le reste semble banal. En réalité, c’était déjà le cas debout à côté d’elle, à la convoiter du regard.

Ces lignes droites et tranchantes, exsudant l’agressivité, de même que la spirale décorant les ailes, semblent rabaisser et élargir l’arrière encore davantage. On a moulé le toit en forme de bulles subtiles et donné aux ailes une allure sculptée d’une sublime légèreté. Quant à l’avant; méfiez-vous : il a l’air bien prêt à nous manger tout rond. Inspirée de la Reventon, une évolution de la Murcielago et pourtant possédant une identité qui lui est propre, l’Aventador est simplement d’une beauté à couper le souffle.

Seule Lamborghini pouvait espérer s’en tirer avec cet embout d’échappement audacieux : quatre tuyaux regroupés à l’intérieur d’un immense canon de forme hexagonale, sans parler du pontet rabattable recouvrant le bouton de démarrage.

Une masculinité pure, totalement débridée et impénitente, bat au cœur de cette bête, laquelle capture l’essence « old school » de la Diablo et de la Countach avec une justesse frisant la perfection.

Évidemment, avant le lancement, impossible de vendre le résultat de 18 mois de travail uniquement en vertu du style, surtout lorsque la facture s’élève à 379 700 $ US; cette fusée doit également avoir de la substance pour compenser. Le patron de Lamborghini, Stephan Winkelmann, annonce que cette dernière est en avance de deux générations par rapport à la Murcielago qu’elle remplace; rien de bien déraisonnable dans cette affirmation non plus, d’ailleurs.

C’est à son cœur que se cache le secret de son génie : un châssis abordable en fibre de carbone qui permet d’alléger l’ensemble tout en en augmentant la rigidité en torsion à des niveaux dignes des bolides de course. Et puis, il y a ce V12 de 6,5 litres à considérer, qui représente l’âme même de cette voiture. Winkelmann a refusé de même envisager un moteur de moindre capacité, ou suralimenté. Pour cette raison, la firme a travaillé sans relâche afin de maintenir intacte la frénésie endiablée et follement agressive de Lamborghini, tout en augmentant la puissance de 8 %. Et bien que les acheteurs ne se seraient pas laissés influencer pour si peu, la consommation d’essence est désormais réduite de 20 %.

Le rapport émotif avec cette superbe motorisation s’établit au début de la partie rectiligne du Vallelunga, lorsque je peux enfin écraser la pédale au plancher et me remplir les oreilles du hurlement strident du V12. L’aiguille du compteur monte alors jusqu’à 240 km/h et l’indicateur de vitesse TFT infiniment cool perd complètement le Nord, tel un porte-parole de téléthon au paroxysme de l’excitation.

Évidemment, elle est rapide; on parle ici de 700PS, d’un chrono 0 à 100 de 2,9 secs et d’une vitesse maximale de 350 km/h. En soi, sa rapidité n’a rien de bien surprenant. Ce qui l’est, toutefois, c’est la puissance cataclysmique dont elle fait preuve en libérant ses étalons, et l’ahurissement pur qui m’envahit à mi-parcours lorsque je vois l’aiguille pulvériser la marque des 200 km/h et continuer sans relâche sa course débridée jusqu’en enfer. De prime abord, les sens sont aveuglés par l’adhérence épique et le système à quatre roues motrices de ce missile. Et puis, un coup d’œil au compteur me ramène douloureusement à moi et me met devant la réalité affolante de la situation.

Il s’agit du cocktail Molotov parfait : contrôle, puissance explosive et grondement… et oh mon Dieu, quel grondement! Le V12 viril et organique entre en scène toutes griffes dehors, et nous le catapultons jusqu’à sa limite du 8250 tr/min. afin d’en extraire les derniers 1000 tr/min. de brutalité mécanique. On est bien loin ici du bruissement synthétique qu’on nous offre ailleurs; il s’agit plutôt de l’équivalent moteur d’un bon hard rock à la guitare rauque et vibrante dont la puissance donne la chair de poule.

Vous pouvez vraiment entendre l’induction, les pistons et les gaz d’échappement feuler leur symphonie, alors que les sept vitesses s’entrechoquent violemment et arrivent presque à renverser la voiture tant la torsion est violente; et tout du long, c’est le cœur en délire que je me laisse emporter par cette folie démoniaque.

En mode Corsa, ou le plus ardu, la boîte semble vouloir exploser hors de ses fixations alors que les vitesses s’enchaînent en 50 millisecondes à peine. En mode Sport toutefois, la cadence se fait plus mielleuse sans pour autant perdre de la vitesse de façon significative.

Maintenant, ne vous y trompez pas; cette voiture n’a rien de parfait. Bien qu’au point de vue du design, elle soit d’une beauté éblouissante, elle se pare de bien trop de plastique pour une voiture appartenant à cette tranche de prix. Et malgré le squelette ultraléger en fibre de carbone dont on l’a dotée, son poids à sec s’élève à 1575 kg, ce qui équivaut à environ 1650 kg, fluides compris.

Pour cette raison, dans les courbes plus prononcées, cette lourdeur a tendance à se faire sentir, et ce, malgré l’aide que lui prodiguent la technologie Haldex et de bielle, inspirée de la F1, lesquelles fournissent à l’Aventador le mordant dont elle a besoin pour s’agripper à la route. C’est sans le moindre répit que le système d’antipatinage s’active à la garder sur la piste; à l’heure du dîner déjà, il nous faut remplacer nos bottines élimées par de nouvelles gommes Pirelli P Zero Corsa ultra dispendieuses.

En une question de secondes, je découvre à quel point il est préférable d’aborder les courbes tout en douceur et laisser les étalons s’élancer tout leur saoul, que de freiner brusquement, forçant alors les rênes électroniques à sombrer dans une panique affolée. Il est toutefois déconcertant de voir les LP560-4 Superleggera, bien plus légères et moins chères, mener le bal de façon nettement plus convaincante dans les lacets sinueux du parcours.

Au contraire, dans les larges courbes rapides, cette empreinte gigantesque, combinée à la traction intégrale, permet d’amoindrir l’effet de sous-virage et de garder la voiture fermement en place d’une façon presque bizarre. Ici, ce n’est pas tant les lois de la physique que le courage qui établit les limites naturelles dans les virages accélérés.

Quant à ces freins; il faut s’y habituer. Malgré le fait qu’à l’avant, ils soient dotés de disques d’un diamètre ridicule de 400 mm, et que l’ossature tout entière soit composée de carbone-céramique, cette voiture roule toujours à des vitesses bien trop élevées, ce qui la plonge dans des tressaillements, des tressautements et même des dérapages à chaque freinage brusque. À noter toutefois qu’il s’agit d’une expérience sur circuit; sur la route, seul un fou à lier conduirait de cette façon.

Ou en pleine ville, d’ailleurs. Après tout, ce bolide fait 2,26 m de large par 4,78 m de long; malgré la présence de tout un éventail de capteurs pour se stationner et d’une caméra de recul dans le tableau de bord, ce n’est pas les cauchemars qui manqueraient à l’heure de pointe, croyez-moi. Notez que derrière le volant, elle est d’une civilité parfaite. Toutefois, pour être réellement à l’aise avec les autres automobilistes, vos moindres mouvements devraient être faits accompagnés d’une escorte policière complète.

Une chose, par contre : rien de tout ça n’a vraiment d’importance. En réalité, le génie de Lamborghini réside justement dans le fait qu’en fin de compte, ces quelques défauts ne font qu’ajouter du piquant à l’expérience générale. Il est possible que les propriétaires d’Aventador se rendent parfois sur le circuit et, entre nous, ils ne s’y ennuieront certainement pas. Mais il s’agit ici d’une voiture de route, qu’on a conçue pour éblouir tous ceux qui la voient, et pour faire un pied de nez au reste du Club des fils de milliardaires en annonçant : na nan, me voilà!

Et s’ils arrivent à trouver un bout de route rectiligne suffisamment long et qu’ils écrasent la pédale au plancher, ils perdront toute objectivité et se mettront à glousser tels des enfants à Disneyworld. Dans un certain sens, c’est exactement ce qu’ils seront. Et je les envie…

Prix : 379 700 $ US
Moteur : V12 de 6,5 litres
Puissance / couple : 700 ch / 509 lb/pi.
Transmission : Séquentielle à sept rapports
0 à 100 km/h : 2,9 secs.
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