L’histoire (compliquée) de la Vector

L’histoire récente de la supervoiture américaine s’est surtout concentrée autour de la Ford GT, la Saleen S7 et celle qui donne du fil à retordre à la Bugatti Veyron, la SSC Ultimate Aero. Mais il est rarement question d’un autre projet typiquement « Made in the USA » : celui de la Vector.

Les origines
L’histoire de la première véritable compagnie américaine dédiée uniquement à la production d’une supervoiture débute au début des années 70 alors que Gerard A. Wiegert s’associe avec Lee Brown pour fonder Vehicle Design Force. Leur travail aboutit à la naissance de la Vector, un projet de supervoiture américaine sensée faire la vie dure aux Ferrari et Lamborghini de ce monde. En 1972, au Salon de Los Angeles, un modèle grandeur nature est présenté à la presse.

Malheureusement, Lee Brown va se retirer assez rapidement de ce projet ambitieux. Après ce départ, Wiegert va changer le nom de la compagnie pour Vector Aeromotive Corporation. À partir de ce moment, il se met au travail pour élaborer la deuxième Vector, simplement baptisée W2 – le W faisant référence à son nom de famille.

La W2, la première Vector

La W2 va apparaître à la fin de la décennie 70 toujours sous forme de prototype. Dès le début des années 80, un groupe motopropulseur sera greffé à cette fameuse coquille. Bien que le projet initial de 1972 était d’implanter une mécanique Wankel d’origine Mercedes-Benz – un projet qui sera abandonné par le constructeur allemand d’ailleurs –, c’est un bon vieux V8 américain qui va hériter du mandat de propulser cette voiture aux allures d’avion-chasseur.

L’engin était un 8-cylindres d’origine GM de 350 pouces cubes qui était gavé par deux turbocompresseurs. La puissance annoncée de l’époque pour ce prototype roulant était au-delà de 600 chevaux et 600 lb-pi de couple avec une vitesse maximale théorique de 320 km/h.

La W2 qui ne sera produite qu’à un exemplaire sera testée pendant plus de 100 000 milles, soit la plus grande distance parcourue par un véhicule concept selon le constructeur. Au courant des années 80, la W2 va évoluer au niveau du style, changeant parfois de coloration pour tromper les amateurs, mais en réalité, la W2 n’était rien d’autre qu’un projet qui n’aboutissait pas.    

Vector W8, la version de production
Ce problème va toutefois changer à la fin des années 80 alors que la W8 est enfin lancée sur le marché. La W8 – W pour Wiegert et 8 pour 8-cylindres – s’avérait une W2 plus aboutie. Quelques changements à la carrosserie composée de fibre de carbone et de kevlar furent apportés, tandis que le châssis en aluminium de la W2 était conservé pour l’occasion. La Vector s’inspirait fortement de la technologie utilisée en aéronautique, ce qui expliquait la présence de quelque 5000 rivets sur la voiture pour assurer l’assemblage de la voiture. Quant à la mécanique V8 biturbo, elle était demeurée intacte, tout comme la transmission automatique à 3 vitesses d’ailleurs. Finalement l’habitacle s’inspirait aussi des avions chasseurs de l’armée américaine avec, entre autres, un affichage tête haute dans le pare-brise, une technologie de plus en plus répandue de nos jours.

Vector Aeromotive va produire 19 W8  de 1989 à 1993, 17 d’entre elles étant destinées au public. Les cinéphiles vont peut-être se souvenir de l’apparition d’une Vector W8 dans le long-métrage Soleil Levant (Rising Sun) qui mettait en vedette Wesley Snipes et Sean Connery, notamment.

Vector WX-3, la succession
Pendant les 4 années de production de la W8, Vector Aeromotive préparait déjà la suite des choses. L’idée était de moderniser la Vector tout en élaborant une mécanique d’au moins 1000 chevaux. Sauf que les coûts astronomiques de développement et de production de la Vector sans oublier la piètre qualité de fabrication vont forcer la compagnie à déclarer faillite. Vector sera rachetée par la firme indonésienne Megatech qui va déménager le siège social de Vector de la Californie vers la Floride.

En 1993, au Salon de Genève, les Avtech WX-3 et WX-3R (« R » pour Roadster) vont tout de même être présentées à la presse même si Gerard Wiegert n’est plus impliqué dans la compagnie. Ce dernier s’était fait offrir un poste de designer au sein de la nouvelle compagnie, mais il refusera. Il va d’ailleurs poursuivre Megatech pour reprendre le contrôle de sa compagnie quelques années plus tard.

Les nouvelles mécaniques n’ayant pas été complétées, les WX-3 présentées à Genève étaient donc toujours propulsées par le même V8 biturbo de la précédente W8. La carrosserie de celle-ci était tout de même adoucie avec des courbes plus modernes. À cause du rachat de Vector par Megatech, la WX-3 est donc demeurée au stade de prototype.

Vector M12, l’ère Megatech
Toutefois, Megatech, qui était également propriétaire de la marque Lamborghini à ce moment, va réutiliser la mécanique de la Diablo pour propulser la Vector M12 (« M » pour Megatech et « 12 » pour 12-cylindres). Cette version M12 reprenait le design de la WX-3, ainsi que son châssis qui avait été modifié pour accueillir le nouveau V12 italien. La M12 va être produite à seulement 18 exemplaires, dont 14 pour le grand public. La production qui avait débuté en 1995 va prendre fin en 1999 alors que Vector n’avait plus les moyens pour acheter les moteurs Lamborghini, la division italienne ayant passé aux mains de Volkswagen en 1998.

La M12 n’étant pas un succès commercial, la compagnie mère va donc tenter une dernière  offensive en lançant la SRV8, essentiellement une version à moteur de Corvette. Sauf que les ennuis financiers de la compagnie vont annuler la commercialisation de cette version « économique ». Vector sera vendu à une compagnie de l’Ohio appelée American Aeromotive. Gerard Wiegert va également reprendre le contrôle de sa compagnie qui changera de nom 3 fois pour finalement s’appeler simplement Vector Motors aujourd’hui.

La Vector Avtech WX8, sera-t-elle produite?
En 2007, au Salon de Los Angeles, la plus récente Vector Avtech WX8 est apparue en public. Cette nouvelle interprétation de la Vector paraissait beaucoup plus moderne que les modèles antérieurs. Sur le site web officiel du constructeur, il est question d’implanter soit un V8 de 7,8-litres ou un autre d’une cylindrée de 10-litres. Le premier aurait une puissance de 750 chevaux et de 1250 chevaux avec le compresseur volumétrique, tandis que l’autre oscillerait entre 1200 et 1800 chevaux, ce dernier étant gavé par deux compresseurs volumétriques.

La vitesse de pointe visée de la plus puissante des Vector serait de 483 km/h, une vitesse jamais atteinte encore par une voiture de production. Le record actuel est détenu par la Bugatti Veyron SS avec une vitesse moyenne de 431 km/h. Les gens de Vector ont donc beaucoup de chemin à parcourir avant de pouvoir battre cette marque. En fait, ils ont beaucoup de chemin à parcourir avant même de pouvoir revenir sur le marché de l’automobile exotique. Une histoire à suivre…

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